Un pas de côté | « Mais c’est quoi ce monde ? Un asile à ciel ouvert ? »

un pas de cote | sante mentale

Et si on profitait de cette fin de semaine pour faire un pas de côté ? L’occasion d’observer comment la culture nous invite à réfléchir sur le #handicapet sur la vision qu’en a notre société.

La semaine dernière, nous entamions cette rubrique en interrogeant notre rapport au handicap à travers la littérature. Cette semaine, c’est un film vu récemment qui est venu nourrir ma réflexion : Une fiancée pas comme les autres (Lars and the Real Girl, 2007).

Pour le pitch : dans ce film, Lars (joué par Ryan Gosling) vit avec un trouble relationnel lourd et une hypersensibilité tactile extrême : le moindre contact physique lui provoque une sensation de brûlure. Pour tenter de rompre son isolement sans se mettre en danger, Lars fait l’acquisition de Bianca, une poupée grandeur nature qu’il présente à son entourage comme sa fiancée en fauteuil roulant. Face à cette situation, la réaction de la communauté est remarquable. Guidé par le médecin du village, tout le monde choisit de ne pas affronter brutalement sa vision du monde, mais d’intégrer Bianca dans la vie quotidienne (au conseil paroissial, chez le coiffeur, au travail). En psychiatrie, on parlerait d’objet transitionnel (au sens de Winnicott) : la poupée devient un pont sécurisant entre le monde intérieur verrouillé de Lars et la réalité extérieure. Grâce à cet accueil collectif sans jugement, Lars parvient progressivement à réapprivoiser le lien humain et à se rétablir.

Ce film est très bien écrit et très bien joué, mais ce qui motive « mon papier » aujourd’hui, c’est que, coïncidence du calendrier, quelques jours après avoir vu ce film, je suis tombé sur une vidéo devenue virale sur X (Twitter) : on y voit une femme amener sa poupée Reborn chez l’ophtalmo. Et là, on prend de plein fouet le choc avec notre réalité. En lisant les commentaires sous la vidéo, le contraste avec le film m’a frappé :

« Et l’ophtalmo il en pense quoi ? 😅😅😅 »
« Mais c’est quoi ce monde ? Un asile à ciel ouvert ? »
« J’espère que ce n’est pas la Sécurité Sociale qui couvre les frais médicaux ! »

Là où la fiction nous montre une communauté capable de faire alliance autour d’une fragilité pour entourer l’individu, la « réalité » des réseaux sociaux renvoie immédiatement à la détresse ou à la moquerie, au cynisme ou au rejet.

Qu’est-ce que cela dit de nos environnements ?

Le handicap psychique et les souffrances invisibles bousculent nos repères parce qu’ils ne rentrent pas dans nos cases habituelles. Pourtant, la question reste la même :

Comment réagissons-nous face à ce que nous ne comprenons pas immédiatement ?

La réaction de tout un chacun face à ce qu’il ne comprend pas est au cœur de l’engagement de l’inclu’team THransition. Chaque jour nous travaillons pour sensibiliser, pour faire en sorte que la capacité du collectif permette de bâtir un environnement contenant, bienveillant et adaptable.

Créer des ponts plutôt que des murs, faire un « pas de côté » afin de comprendre la fonction d’un comportement plutôt que de le stigmatiser : c’est ainsi que l’on transforme le milieu professionnel en un espace où chacun trouve sa place et sa valeur.

Et vous dans vos quotidiens professionnels ou personnels, face à une attitude désorientante ou une vulnérabilité invisible, quelle est notre première réaction : chercher à corriger, ou chercher à comprendre ?

Au plaisir de lire vos réflexions en commentaire.

Fabrice Boullay

NB : d’autres films qui abordent la santé mentale, le traumatisme ou le deuil à travers un objet transitionnel ou un monde imaginaire.

  • Le Complexe du castor (The Beaver, 2011, Jodie Foster)
  • Quelques minutes après minuit (A Monster Calls, 2016, J.A. Bayona)
  • Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen, 2018, Robert Zemeckis)
  • Le Labyrinthe de Pan (Pan’s Labyrinth, 2006, Guillermo del Toro)
  • L’Odyssée de Pi (Life of Pi, 2012, Ang Lee)

Dites-nous si vous en connaissez d’autres…